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Date de création : 23.01.2010
Dernière mise à jour : 23.07.2010
8 articles


Festival de couleurs

Publié le 09/03/2010 à 22:36 par voldeplume Tags : reve magie nuit racines tradition blog amour
Festival de couleurs

Des gloussements résonnent dans la nuit silencieuse. Leurs pas légers claquent sur le sol, dans une course effrénée. Les étoiles se reflètent dans leurs grands yeux, et c’est tout ce que l’on peut voir de leur visage couvert. C’est un festival de voiles, de châles, de lessos et de shiromanis qu’elles jouent ce soir-là dans les rues désertes de la ville.

-         Dépêchez-vous, crie l’une d’entre elles. Ça a déjà commencé. Il ne faut surtout pas le manquer !

 

Un roulement de tam-tam et de tambours se fait entendre. Elles sont enfin arrivées. La Grand-Place. Elle est peuplée d’hommes en kandu, longues robes dont la couleur est un signe de distinction, et en costumes. Au centre, le chanteur s’égosille déjà au rythme des percussions ; bientôt les mouvements se dessinent, les têtes se baissent, les bras s’élèvent dans les airs et retombent avec grâce et légèreté. Kandou, vestes et djuba dansent ensemble dans une symphonie envoûtante des teintes. Le blanc flirte avec le safran, le mauve se mêle parfois au rouge.

 

Shifâw emplit ses yeux de cette danse des couleurs, de cette fête des nuances qui se découpent dans la nuit. Les kandu blancs que portent les plus jeunes, elle le sait, ce sont elle et ses camarades de classe qui les ont confectionnés.

Mais parmi eux elle ne voit qu’un seul, celui que porte le jeune homme le plus élégant du groupe. Ses amies ne le trouvent pas spécialement beau ; elle, elle le trouve séduisant quand il la regarde, les yeux empreints de timidité. Il est de petite taille, comme elle ; mince, il a l’air si fragile, et pourtant personne dans la ville n’ose lui manquer de respect. Sa peau cuivrée brille au soleil et offre des étincelles à la lune.

C’est elle qui a brodé ce kandou qu’il porte. Elle se souvient du jour où sa mère est allée le lui vendre. Dire que ce tissu est passé entre ses mains à elle, et que maintenant il se trouve à même la peau de cet homme, comme si elle pouvait le toucher…

Elle pince ses lèvres pour ne pas crier de douleur au souvenir de l’aiguille qui lui avait percé le doigt, alors qu’elle brodait ce kandou. Douce douleur…

 

Le tam-tam s’enflamme, le rythme s’accélère, le chanteur et ses danseurs sont en transe. Tous les hommes regardent de chaque côté du public et se demandent, anxieux, si ce soir ils seront décorés ou laissés pour compte. Ils fixent des yeux les petites filles, à peine pubères, qui viennent à eux les bras chargés de lessos. Chacun espère, chacun prie ; quoi de plus laid qu’un homme qui danse les bras ballants !

Vêtu de son kandou beige, le regard vif et le sourire avenant, Mrehuri continue de danser tout en regardant vers le public. Des voiles aux couleurs chatoyantes ornent déjà les cous de la plupart de ses partenaires, et il s’inquiète. Et si elle n’était pas venue…

Mais voilà que s’approche une fillette, âgée de dix ans environ. Elle hésite, parcourt la grand-place, le regard perdu entre les mains qui soulèvent les châles et retombent le long des corps agités.

Puis elle l’aperçoit. Le cœur de Mrehuri s’emballe. Les yeux rivés sur lui, elle avance, enfin, déterminée. Arrivée devant lui, elle se tourne vers le voisin, hésite encore…Mrehuri n’y tient plus.

-         Eh, petite ! c’est pour moi, ce joli lesso ?

 

La petite se tourne vers lui, un peu perdue. Est-ce bien lui ? Il est petit de taille, ses yeux brillent de gentillesse, un grain de beauté se cache sous son kofia

Mrehuri lui sourit. Elle le scrute un moment, puis sourit à son tour. C’est bien à lui qu’elle a été envoyée. Alors elle retire le lesso de son cou, le beau lesso aux fleurs bleues piquées de paillettes d’or et d’argent, et Mrehuri baisse la tête. Le puissant effluve de jasmin et de lang-ilang l’envahit. Lorsqu’il relève la tête, la douceur du coton évoque en lui celle d’une jeune fille qu’il connait à peine, et qu’il croit aimer déjà comme un fou. Il suit du regard la petite qui s’en va. Elle sort de la ronde, retourne dans le public, pour se jeter dans les bras d’une fille plus grande…

Il pense : c’est elle. Shifâw. Drappée dans son large shiromani dont ne transparait aucune forme. Les fleurs noires qui y sont imprimées se fondent dans la nuit et cachent ses courbes. Il ne voit que ses yeux, qui brillent comme mille étoiles, scintillent comme les paillettes qui ornent son lesso. Et cela lui suffit.

Il esquisse un sourire léger, un sourire qu’elle seule peut déceler. Il porte le lesso à ses lèvres. Elle frémit sous son shiromani, là où personne ne peut voir la passion qui l’anime.

 

Puis il élève ses bras dans les airs, et le doux lesso bleu se mêle aux voiles qui y dansent déjà. Perdus dans un merveilleux festival de couleurs, celui qui n’a lieu que la nuit, à cette heure-ci, à cet endroit…entre deux êtres.

 

T.M.

Commentaires (2)

Anonyme le 11/03/2010
le sambe tel que je ne l'ai jamais imagine, merci d'avoir cette plume pour peindre en impressioniste habile.

Aboubacar.


Anonyme le 21/03/2010
Bravo! Magnifiquement raconté! On s'y croirait presk!


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